Par supahumandignity



Un article dans le Monde des livres sur La route de Gakona. La journaliste n’a guère apprécié le roman. Mais son papier défend surtout un point de vue et, pour l’étayer, elle affirme des choses fausses. Comme la dame est en outre la médiatrice du quotidien Le Monde, et qu’il faut s’abonner pour laisser un commentaire sur le site Web, le rectificatif risque de se faire attendre.
Ça n’est pas une raison pour laisser une journaliste écrire n’importe quoi.

Version courte :

Contrairement à ce qu’affirme la journaliste dans son article :

1) Le rapport du Grip est parfaitement cité, avec d’autres sources, en dernière page du roman.

2) Sur HAARP, la source principale n’est pas ce rapport du Grip, certes essentiel, mais un livre : “Les anges ne jouent pas de cette HAARP” de Meaning et Begich. Louise Courteau Éditrice, 2006. Un essai best-seller en Amérique du nord. Cité aussi.

3) Le roman ne se résume pas à cet unique rapport, soi-disant piraté à la va-vite sur le web comme le laisse entendre la journaliste mais comporte une somme d’informations d’origines différentes que je développe ici même lorsque j’en ai le temps.

“Le médiateur a pour mission de renforcer le dialogue entre Le Monde et ses lecteurs et de veiller au respect du « contrat de lecture » passé implicitement entre eux. ”
Le Monde.

“Thrillers en kit sur Internet”

LE MONDE DES LIVRES 14.01.10 Édition du 15.01.10
Article de Véronique Maurus, par ailleurs médiatrice du journal Le Monde.

A l’heure d’Internet, où commence le piratage, où finit l’inspiration ? Telle est la question soulevée par le dernier livre de Jean-Paul Jody. Comme dans les précédents, l’auteur affirme utiliser la forme du thriller pour populariser des sujets d’actualité. La Route de Gakona (Seuil, “Romans noirs”, 490 p., 21,50 €) exploite les dangers supposés des ondes électromagnétiques sur l’homme et le climat. Il développe une thèse abondamment colportée sur la Toile, suggérant que des cataclysmes “naturels” (tsunamis, séismes, ouragans) seraient délibérément provoqués par l’armée américaine à des fins politiques. L’outil serait une station émettrice, d’une puissance inégalée, située à Gakona, en Alaska.

“Science-fiction ? Pas du tout”, écrit l’écrivain sur son site,

Je n’ai rien écrit de tel. Ces mots sont d’un journaliste de Ouest-France. Voir l’article.

précisant que l’intrigue est fondée sur des faits et une abondante documentation, qu’il a trouvée en “fouinant” sur Internet.

Voilà exactement ce que je dis : « J’aime bien fouiner. Le sujet HAARP est abondamment repris sur le Net sous des thèses conspirationnistes plus fumeuses les unes que les autres. Mais certaines des informations qui sous-tendent ces théories sont réelles et vérifiables, pour peu qu’on se donne le temps et la peine de chercher.

La première phrase pointe les dérives du Net. La deuxième suggère le temps passé à la quête d’infos sérieuses. L’article du Monde me prête exactement le contraire.


article OUEST FRANCE

On notera que la journaliste qui stigmatise la recherche sur le Net y puise aussi ses infos, les transforme à son gré, et ne prend pas la peine de me contacter pour les vérifier…

Fouiner est un grand mot. Il suffit d’une heure à un internaute moyennement doué pour trouver la principale source de ce thriller (non citée, hélas !, dans les 9 pages d’annexes).

Contrairement à ce qu’affirme Véronique Maurus, le rapport du Grip est cité, en dernière page.
Affirmation erronée, venant d’une journaliste qui donne pourtant, plus bas, de bons conseils (la véracité…).

N’ayant pas consulté la dernière page du roman, elle rate évidemment les sources, dont la principale : Les anges ne jouent pas de cette HAARP de J. Meaning et N. Begich, Louise Courteau Editrice, 2006. LE livre de référence sur HAARP, un ouvrage qui n’a rien à voir avec le Web.

La journaliste aura sans doute oublié la leçon première de son métier : vérifier ses infos.

C’est un rapport de 98 pages du Groupe de recherche et d’information sur la paix et la sécurité (GRIP). Intitulé “Le programme Haarp, science ou désastre ?”, il détaille les activités du “High Frequency Active Auroral Research Program” (Haarp) américain, et de la station de Gakona. Haarp, conclut-il, n’est qu’un programme de recherche, mais, couplé à d’autres programmes militaires, il pourrait être dangereux.
Hors cette conclusion prudente,

La journaliste a-t-elle lu le rapport ou seulement sa conclusion ? a-t-elle lu le roman ? Ce rapport, écrit en 1998 alors que le projet HAARP balbutiait à peine, a déclenché une enquête du Parlement européen (1999) qui en souligne la dangerosité en ces termes :
“Ces travaux de recherche doivent être considérés comme extrêmement néfastes pour l’environnement et la vie humaine. Personne ne sait avec certitude ce que peuvent être les effets de HAARP.“

on trouve dans ce rapport toute la matière du livre : les soupçons mais aussi les faits (les sociétés impliquées par exemple), les plans, les cartes, les données scientifiques, les chiffres, les brevets - abondamment détaillés. Au point que, après avoir lu le rapport, on ne peut s’empêcher de voir dans le roman un clone, hâtivement maquillé en thriller.

Quiconque a seulement ouvert La route de Gakona, ou survolé ce blog, peut mesurer la diversité des informations et le temps qu’il a fallu pour les collecter. Chacun peut s’en rendre compte instantanément. La journaliste aussi. Alors quel intérêt pour elle de réduire ce travail à un vulgaire piratage rapide sur le Net ?

On objectera que la fiction puise souvent son inspiration dans les médias. Combien de polars basés sur des faits divers ? De romans d’espionnage sur de vraies affaires ? Cependant, en général, la documentation nourrit l’imagination, elle ne la supplée pas. Pour les meilleurs, la trame n’est qu’un prétexte à recréer un univers, à faire vivre un personnage, une époque ou un milieu.

Tel n’est pas le cas de La Route de Gakona, thriller certes, mais d’une facture très banale. Sa seule originalité tient précisément à son sujet, nourri d’un nombre impressionnant d’informations, le tout puisé dans le rapport précité. Ce n’est pas interdit. Juste troublant.

Curieusement focalisée sur ce rapport du Grip, la journaliste passe sous silence les autres thèmes et les autres sources utilisées dans le roman, quid du climat ? de la Chine ? des chemtrails ? du livre de Naomi Klein ? sujets beaucoup plus controversés qui serviraient merveilleusement son propos. Rien là-dessus. A-t-elle lu le roman ?

A ce compte-là, pourquoi lire le livre ?

Bonne question. Le rapport du Parlement européen cité plus haut et datant de 1999 disait :
“L’opinion publique ignore pratiquement tout du projet HAARP et il est important qu’elle soit mise au courant.“

La recommandation du Parlement européen aura probablement échappé à la journaliste, à l’époque pourtant grand reporter et chef adjoint du service Enquêtes et reportages au Monde.

Depuis dix ans que ce programme fonctionne, alors que HAARP s’épèle dans toutes les langues sur Internet, mêlant les pires élucubrations aux interrogations les plus troublantes, quelles informations a apporté Le Monde ? Aucune. Rien. Une brève signalant que des scientifiques avaient réussi à produire une aurore boréale… Piètre livraison en dix ans que celle de notre grand quotidien national de référence. L’opinion publique doit se contenter d’explorer le Web, seul pourvoyeur sur le sujet; ou de lire des thrillers qui, au moins, suppléeront les silences de la presse et gagneront peut-être le modeste mérite d’attirer l’attention sur la station HAARP.

Pour s’épargner une lecture plus fastidieuse ? On y gagne certes en facilité, mais pas en temps ni, surtout, en véracité. Comme si l’emballage remplaçait le produit… Ce “Web thriller” n’est sans doute pas le premier ni malheureusement le dernier.

Pour les éditeurs et les auteurs pressés, Internet est un vivier tentant de “prêt-à-écrire”. C’est aussi une illusion : il faut très bien connaître un sujet pour y puiser une solide base documentaire. A fortiori s’agissant d’un”buzz”. Mais qui décèlera l’artifice ?
Véronique Maurus.

Traduction : pour produire de l’information il faut être journaliste, sorti d’une école et dûment accrédité d’une carte de presse… Et les sources doivent provenir de journaux autorisés ? Hélas pour les vieilles berniques qui s’accrochent encore à leur (confortable) rocher, le monde de l’info a changé.

A propos du “buzz” : n’importe quel journaliste sérieux du Monde pourrait balayer les théories fumeuses qui rôdent autour de HAARP, extirper le faux et explorer le vrai. Il semble plus facile de stigmatiser les petites mains anonymes qui s’activent maladroitement derrière leurs écrans.

Derrière cette pseudo-critique, matière à un papier rapide, écrit à peu de frais, et mensonger, (Mais qui décèlera l’artifice ? comme dit elle-même la journaliste) pointe surtout le malaise d’une certaine presse écrite, vieille dame autrefois célébrée, aujourd’hui délaissée -on peut le regretter- et qui se voit préférer une jeunette, certes brouillonne et mal fagotée, mais tout aussi informative et diablement plus dynamique : la Toile.
A l’heure où les critiques littéraires déplorent le manque d’espace pour parler des livres qu’ils souhaitent défendre, on s’interrogera sur la nécessité d’une telle parution, gourmande d’une place pourtant sévèrement rationnée. Et on laissera aux lecteurs du journal le soin d’apprécier les raisons et l’intégrité d’un papier écrit par une journaliste, par ailleurs médiatrice de leur quotidien favori, qui, dans ce billet au moins, ne vérifie pas ce qu’elle écrit.

Enfin, par-delà ces pseudo-considérations littéraire où, pour certain(e)s, brasser du vent signifie gagner son pain, on se tournera avec bénéfice vers d’autres journalistes de la rédaction, dans l’attente de réponses à ces deux simples questions :

- Pratique-t-on des épandages aériens à grande échelle dans le ciel de France ? Si oui, avec quels produits et dans quel but ?

- HAARP “chauffe”-t-il oui ou non des régions de la haute atmosphère ? Au-dessus de quels endroits de la planète ? Avec quels effets ? En a-t-on la preuve ? La réponse, sourcée et documentée, est déjà sur le Net, pas encore dans Le Monde. Ça ne saurait tarder. Il suffit de “fouiner”, ça ne devrait pas prendre plus d’une heure à un journaliste moyennement doué.

Mais ces questions n’intéressent peut-être ni les journalistes ni les lecteurs du Monde.

PS : Merci pour vos mails et post. Merci aussi de ne plus poster de commentaires injurieux ou discourtois à l’égard de la journaliste, je ne les publierai pas.
Et pour Thomas, l’expression “…même pas digne d’une pigiste de Rue89″ est insultante… pour les pigistes.

Cet article a été publié par Jean-Pierre JODY,
(à qui je réaffirme tout mon soutien et ma considération)


Article posté le Dimanche, 17 janvier, 2010 à 15 h 09 min.
Catégories: Le Programme de la Matrice.

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