
Lettre ouverte d’ ETC Group envoyée au Climate Response Fund et au Comité organisateur scientifique de la conférence internationale d’ Asilomar (Californie) sur les technologies de modification du climat. (22-26 mars 2010).
En tant qu’organismes de la société civile et que mouvements sociaux cherchant à trouver des solutions constructives pour contrer les changements climatiques, nous désirons exprimer notre profonde inquiétude face à la rencontre organisée de façon privée sur la géoingénierie qui se déroulera prochainement à Asilomar, Californie. Son objectif déclaré, qui est d’« élaborer un ensemble de directives volontaires ou de meilleures pratiques permettant de procéder à des recherches et à des essais, de la façon la moins préjudiciable et risquée possible, sur les modifications du climat et les technologies en matière de géoingénierie proposées », nous engage trop rapidement dans une mauvaise voie, et ce, sans prévoir aucune limite de vitesse.
La géoingénierie englobe diverses manipulations technologiques à grande échelle du climat et des systèmes connexes, réalisées au moyen de techniques comme l’injection d’aérosols à base de sulfates dans l’atmosphère, la fertilisation des océans et le blanchissement des nuages. Or à l’heure actuelle, la priorité ne devrait pas consister à déterminer les conditions dans lesquelles ces expérimentations devraient avoir lieu, mais plutôt à savoir si la communauté des nations et des peuples considère la géoingénierie comme une avenue acceptable sur les plans technique, juridique, social, environnemental et économique.
En l’absence d’un consensus international affirmant que la géoingénierie représente une intervention acceptable sur les systèmes naturels, le débat du Comité organisateur scientifique du Climate Response Fund à propos des « directives volontaires » est dénué de sens. Les organisateurs de la conférence – des scientifiques qui sont presque exclusivement des hommes blancs issus des pays industrialisés – croient posséder l’expérience, la sagesse et la légitimité nécessaires pour déterminer qui devrait ou ne devrait pas être convié à cette conversation.
Il existe de nombreux scénarios où des expérimentations en géoingénierie ayant des impacts transfrontaliers constitueraient une violation de certains traités (la Convention sur la modification de l’environnement de 1978 et la « Convention ENMOD », entre autres). L’établissement de « directives volontaires » par un groupe non officiel se réunissant à Asilomar pourrait contrevenir aux lois locales, nationales ou internationales et compromettre les stratégies d’atténuation et d’adaptation. De plus, on a pu constater dans le passé que les directives volontaires ne sont tout simplement pas respectées par les grandes entreprises. Non seulement les scientifiques qui prennent part à ce processus donneront leur bénédiction à des technologies de géoingénierie dangereuses, mais ils ne possèdent aucune autorité pour forcer les entreprises ou les gouvernements à les adopter.
L’enjeu des expérimentations à grande échelle en géoingénierie et de leurs impacts ne relève pas d’un examen technique des pairs. C’est une question de droits et de responsabilité, et c’est l’avenir de la planète qui est en jeu. Le débat public doit, au minimum, inclure les populations et les pays qui sont les plus vulnérables et susceptibles d’être affectés par la géoingénierie, et non pas seulement ceux qui en tireront des avantages. Une telle discussion ne peut avoir lieu sans la participation de tous les membres de l’Organisation des Nations Unies. En l’absence d’un tel débat, l’établissement de directives pour la recherche et les essais en géoingénierie est tout simplement prématuré et irresponsable.
Clairement, le manque de transparence et les conflits d’intérêts qui caractérisent l’organisation de la conférence suscitent de sérieuses interrogations et amènent à se demander qui prend les décisions et quels intérêts sont servis. Dans les quelques documents qui ont été publiés jusqu’ici, il est indiqué que les donateurs (dont le nom n’est pas mentionné), le Climate Response Fund et le Climate Institute n’ont « aucun intérêt financier dans les aspects particuliers des technologies ou dans les directives établies ». Cependant, ces organisations se sont publiquement dites ouvertes à accepter les propositions et l’argent du secteur privé, y compris le soutien d’entreprises de combustibles fossiles et de fabricants d’automobiles. Enfin, malgré le fait qu’une liste des bailleurs de fonds ainsi que des précisions à propos de la conférence avaient été promises pour le 1er janvier 2010, aucun de ces noms n’a encore été rendu public.
Il est essentiel que le débat international sur la géoingénierie ne soit pas laissé entre les mains de ceux qui sont susceptibles de tirer profit de la facilitation et de la mise en œuvre de ces technologies. Cette question nous concerne tous et doit être débattue au grand jour, avec la participation de tous.
Ce n’est certainement pas à cela qu’on assistera en mars à Asilomar.
Non à la planification mondiale de la géoingénierie !! Non à Asilomar !!
Plus sur ETCgroup :
• La lettre ouverte
• Leur rapport sur la géoingénierie traduit en français.
Plus sur Asilomar :
• Traduction d’une lettre de Rachel SMOLKER à propos de la conférence d’Asilomar.
Plus sur la convention ENMOD :
• De la disparition progressive du débat public sur le recours aux modifications climatiques à usages militaires.
(Paru dans la Gazette des Insoumis n°5)
3 Commentaires, Commentaire ou Rétrolien
Gaïa
rien de neuf sous le soleil malheureusement…. on prend les mêmes et on recommence ; argent, profits, pouvoir, mensonges….. science sans conscience égale science de l’inconscience…
23 avr, 2010
supahumandignity
” Argent, profit…” et oui, comme tu dis c’est toujours les mêmes cupides irresponsables.
Le rapport d’ ETC group sur la géoingénierie (ainsi que d’autres de leurs récents travaux) explique très bien les dérives et les récupérations financières autour de ces mécanismes dits “propres”.
Pour l’anecdote, une autre grande conférence “pro-outilisation de la planète” a déjà eu lieu à Asilomar en 1975.
Il s’agissait de promouvoir une technologie présentée (elle aussi) comme un remède à l’époque : les OGM !! (si, si, sans blague !!)
Merci Gaïa d’être passé lire et d’avoir laissé un petit mot !!
25 avr, 2010
supahumandignity
Campagne lancée à la suite de « La Conférence des peuples sur le changement climatique et les droits de la Terre mère », qui s’est ouverte le 20 avril, à Cochabamba, en Bolivie. Un forum social sur les réalités climatiques, après l’échec de Copenhague.
” Ne touchez pas à notre Terre mère!
Arrêtons la géoingénierie : notre planète n’est pas un laboratoire “
Téléchargeable sur http://www.etcgroup.org/en/node/5135
hands off mother earth - ETC group - Ne touchez pas à notre Terre mère !Joignez le mouvement, filez leur un coup de main !!
http://www.handsoffmotherearth.org/
26 avr, 2010
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