
(Dans un monde où les aberrations les plus évidentes sont de trop simples banalités, l’être humain en quête d’idéal salutaire patauge dans la mare nauséabonde de ses utopies maculées de doutes.)
Nous cherchons tous la même chose : la tranquillité d’un foyer et son minimum sanitaire, de quoi nourrir et divertir sa famille, en lui assurant un avenir exempt de tout tracas, la sécurité d’un emploi peu pénible et passionnant, le tout imbibé d’amour et pacifié de liberté, dans l’harmonie et la sérénité, avec soi-même et surtout avec autrui.
Mais à y regarder de plus près, sommes-nous faits pour y arriver?
Tout d’abord et d’un point de vue naturel, force est de constater que l’homme est un animal enclin à la paresse. Il s’habitue très vite à un environnement lui permettant d’en faire le moins possible. Un exemple : peu soucieux du règne animal dont lui-même fait partie, il n’hésite pas à pré-emballer veaux, vaches, cochons, découpés en morceaux (voire même parfois cuisinés en sauces) dans des petites barquettes en plastique ou boîtes en aluminium qu’il n’aura qu’à décapsuler pour se repaître. Dans un sens, c’est astucieux, c’est “pratique”, mieux “ça rend service”. Sauf que d’une part, un tel système nous amène inexorablement à un abrutissement de l’homme par lui-même qui se voit réduit à un être consommant, passif, assisté, ignorant de sa propre nature et de l’environnement dans lequel il devrait évoluer (sait-il même qu’il ingurgite de la peau de porc en s’octroyant le plaisir d’un bonbon à la fraise?); et d’autre part, inévitablement, en bon primate urbain, dans la jungle des profits et des lois de l’offre et de la demande, l’homme avide de puissance, s’en mettra plein la panse (et les poches) tandis que l’homme né sous la mauvaise étoile ramassera les miettes tout en se plaignant de son mauvais karma. De sa paresse -ou plutôt de sa tendance à la facilité- l’homme “civilisé” finit donc toujours victime, de lui-même, de ses semblables ou de l’environnement que lui-même a dénaturé, et de fait participe involontairement à son propre asservissement.
Ensuite et d’un point de vue culturel, l’homme est un spécimen pré-formaté difficilement modulable. Évoluant dans tel ou tel milieu, il voit le monde à travers les lunettes de son conditionnement, et consent, par effet de miroir, à un certain ordre moral, une certaine norme bien-pensante qui fait office de mœurs. Ainsi, en reproduisant systématiquement les schémas de ses concitoyens proches, il collabore à une certaine supercherie de la réalité, une imitation “pour faire bien”, un sérieux processus d’auto-endoctrinement. Cette attitude calquée sur les autres -cet incessant ressac de modes- présente assurément certains avantages, bien qu’inconscients à la base, comme par exemple éviter de passer pour un aliéné mental en ayant des agissements incongrus, totalement déplacés et inattendus (pour résumer, entretenir un certain climat rassurant et courtois au sein du groupe). Le problème d’un tel procédé est qu’il laisse peu de place à la spontanéité, et de fait, peu de place à la vérité. De peur d’être “anormal”, l’homme s’auto-censure, ou censure ses semblables; cherchant à bien paraître, il ne sait plus “être”, et de fait, c’est toutes ses relations à l’autre qui sont faussées.
Enfin, et d’un point de vue extra-terrestre, il faudrait se demander si l’homme est vraiment fait pour cohabiter avec ses semblables. S’il est “prêt” à prendre soin de lui-même et des siens sans empiéter sur les autres. S’il est prêt à se satisfaire seulement de l’essentiel et pas du superflu, à réapprendre la Vie avec son grand V, en écoutant son cœur et l’instant plutôt que ses peurs et leurs conséquences. Il faudrait se demander si l’Homme qui sommeille en chaque homme a vraiment besoin d’un messie pour sortir de sa léthargie, ou si un bon coup d’pied au cul suffirait…
(Article paru dans la Gazette des Insoumis n°7)
2 Commentaires, Commentaire ou Rétrolien
wolf
C’est plein de vérité que tout le monde (en dehors du cadre purement amitié) se garde bien de dissimuler en soi pour la raison qui est si bien expliqué dans l’article.
Ce qui m’intéresserait par la suite, c’est de lire une réflexion sur ce qu’est l’hypocrite de vice et l’hypocrite de vertu car ce sont 2 choses différentes.
30 juin, 2010
preacher_man
Mille merci.
Cet article fait écho à un autre article écrit par Zone-7,
Vouloir refaire le monde… Parfaitement complémentaire.
11 juil, 2010
Répondre à “L’Homme Moderne, ou l’Art d’Être Hypocrite”