Par supahumandignity









Pour mieux comprendre le contexte politique, scientifique et commercial qui entoure l’avènement de la géoingénieurie (et autres technologies à risques), la  swedish society for nature conservation (SSNC) a demandé au Groupe ETC, qui est l’organisation de société civile qui l’a suivi avec le plus d’assiduité, de lui fournir un rapport pouvant l’ éclairer sur ce qui est en train de se passer.



L’ ETC Group (Erosion, Technologie et Concentration) , le collectif d’ auteurs de ce rapport nous parle, depuis trente ans, de TOUT ce qui nous inquiète actuellement : de la politique des semences jusqu’à la géoingénierie, en passant par les nano-particules

Retrouvez leurs travaux, sur leur site : http://www.etcgroup.org/ et leur blog : http://etcblog.org/ .



Pour résumer un peu leurs activités pendant ces trente dernières années, nous avons choisi ce portrait sonore de  Pat MOONEY, le directeur du groupe canadien ETC (Erosion, Technologie et Concentration) dans l’émission  “Terre à Terre” sur France Culture du 23 janvier 2010, à 7H05.

• L’écouter sur cette page:
Durée : 55 min (son uniquement)

Lien: Portrait de Pat MOONEY

• Le télécharger en mp3: ici .


Et apparemment ça bouge (enfin, ça frétille dans un coin sombre) au sein des nations unies; un moratoire a été posé sur l’ensemencement des océans et on travaillerait à en faire un pour celui des nuages…





LE RAPPORT :

Retooling the Planet: Climate Chaos in a Geoengineering Age, by ETC group





TRADUCTION D’EXTRAITS DU RAPPORT CI-DESSUS:
Par Les Lucindas.
Dernière mise à jour : le 10 février 2010






Préface :
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Avec ce rapport sur les technologies à risques et la géoingénieurie, la Société Suédoise pour la Préservation de la Nature (SSNC) espère soulever une prise de conscience et impulser le débat sur un problème majeur, lequel jusqu’à présent, n’a été pris en compte que par bien peu de gens.
Alors que la crise climatique est devenue un sujet connu, que les sciences soulèvent des problèmes de plus en plus graves, que les négociations internationales sur le climat n’aboutissent jamais, l’attrait pour des solutions technologiques rapides semblent gagner du terrain. La géoingénieurie – qui veut modifier à l’échelle globale les réactions climatiques des océans, de l’atmosphère et des sols, est, en quelques années à peine, sortie de la sphère de la science-fiction pour entrer dans le discours de scientifiques officiels, des politiques et des médias. Encore maintenant, beaucoup de gens, dont ceux qui travaillent dans le cadre de la climatologie, ignorent totalement ce qui est en train de se tramer.

C’est également vrai pour la Société Suédoise pour la Préservation de la Nature. La géoingénieurie n’a jamais été au centre de nos préoccupations jusqu’à présent. Nous avons pris conscience, toutefois, que les choses sont en train de se passer à vitesse grand V, et que nous avons besoin de mieux comprendre tout ça, de prendre position, et de le formuler clairement très très vite.
Pour nous aider à mieux comprendre le contexte politique, scientifique et commercial qui entoure l’avènement de la géoingénieurie, nous avons demandé au Groupe ETC, qui est l’organisation de société civile qui l’a suivi avec le plus d’assiduité, de nous fournir un rapport pouvant nous éclairer sur ce qui est en train de se passer, afin de nous permettre, à nous comme à ceux qui travaillent sur la question du changement climatique, de réagir. Les analyses et les recommandations présentées dans ce rapport illustrent donc les points de vue des auteurs.

Ce rapport va sûrement nous ébranler tous. Pour ceux qui ne connaissent pas la géoingénieurie ce sera un bouleversement. Il expose également quels sont les pouvoirs en jeu, le contexte des négociations des Nations-Unies sur le changement climatique et les risques mis en cause. Pour une organisation environnementale telle que la SSNC, la question des risques et de la prévention a toujours été au cœur de nos préoccupations. Au lien de mettre en œuvre avec précaution des nouvelles technologies avant de les commercialiser et de les répandre partout, de grandes sociétés de pair avec des gouvernements se montrent si pressés qu’ils sont en train de « tirer avant de viser », avec à la clef de bien lourdes conséquences.

C’est d’ailleurs assez hallucinant que les précautions concernant les risques impliqués par de telles technologies, et les technologies en général, n’aient jamais été renforcées jusqu’à présent dans les négociations au sein de la Convention des Nations-Unies encadrant la question du changement climatique. Nous espérons que ce rapport aidera à changer cela, à mobiliser à la fois les organisations civiles et gouvernementales afin que soient établis des encadrements stricts concernant les mesures de précautions vis à vis des technologies. Nous espérons également que ce rapport va pousser plus d’organisations à réagir contre la montée erratique de cette géoingénieurie. Si rien ne se passe, alors le monde court le risque d’avoir à « choisir » des solutions qui deviendront Le grand problème planétaire.






Introduction :
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La preuve du principe selon lequel des interventions locales répétées sur un écosystème peuvent avoir des conséquences à plus grande échelle n’a plus à être mis en doute. C’est pourquoi d’ailleurs nous avons actuellement un climat ayant subi des changements humains. Toutefois, une autre notion est en train de gagner du terrain: nous pouvons utiliser les technologies de géoingénieurie pour intervenir et corriger les problèmes que nous avons causés sur le climat.

La géoingénieurie est l’intervention à grande échelle sur les océans, les sols et/ou l’atmosphère dans le but de contrer les changements climatiques; avec une batterie de procédés divers, comme épandre des particules de sulfure dans la stratosphère pour refléter les rayons solaires, ensemencer les océans de particules d’aluminium pour développer un planton mangeur de CO2, ensemencer les nuages avec de l’iodure d’argent pour faire pleuvoir, produire des cultures génétiquement modifiées, dont le feuillage pourraient tirer meilleur parti des rayonnements solaires.

Le physicien de l’Université de Calgary et partisan de la géoingénieurie David Keith, la définit comme étant une « solution prête à l’emploi qui utilise plusieurs technologies pour contrer des effets gênants sans en éliminer les causes. {1} » En d’autres mots, la géoingénieurie utilise des nouvelles technologies pour essayer de rectifier les problèmes causés par des technologies plus anciennes, ce qu’on appelle plus classiquement une « techno-fix ».

Pris entre le malaise grandissant du public et l’augmentation constante du taux de carbone dans l’atmosphère, les pays de l’OECD (l’Organisation pour la Coopération Economique et le Développement) se sentent obligés de nous faire avaler une couleuvre: soit ils adoptent une politique de responsabilité civile de réduction de consommation d’énergies fossiles, soit ils optent pour une autre alternative, celle du déploiement de techno-fixes qui leur permettrait de nous maintenir dans un statu quo évitant d’avoir à mesurer des conséquences dérangeantes.

Bien sûr c’est la seconde option qui remporte. Et bien sûr ce sont les pays riches responsables de toutes les émissions à effet de serre, qui ont pendant des décennies esquivé la question des changements climatiques, ce sont ces pays-là qui s’empressent d’alarmer le monde en brandissant l’option de la géoingénieurie, que de facto ils vont avoir à contrôler, car ils sont les seuls détenteurs des moyens technologiques pour déployer une telle option amenant à reformater le climat. Et donc bien évidemment ce sont les les grandes industries de la chimie et de l’exploitation forestière et agricole qui se retrouvent à en être les acteurs majeurs, ces mêmes industries qui sont responsables des dégâts climatiques dans lesquelles elles nous ont «géoingénieurés.»

Prenons les technologies d’épandages aéroportés. Même ceux qui sont pour un investissement à grande échelle reconnaissent que nous ne comprenons pas suffisamment le système qui régit la planète pour même tenter des essais expérimentaux de géoingénieurie. Nous ne savons même pas ce que la géoingénieurie nous coûtera, malgré ce qu’en disent ses partisans, surtout si celle-ci ne marche pas, ils n’ont aucun moyen de désamorçage si elle s’avérait à causer des effets inverses. Nous ne pouvons pas faire marche arrière si nous lançons la machine.

Les techniques qui touchent la stratosphère ou les océans à l’échelle planétaire peuvent avoir des conséquences imprévues ou des effets hétérogènes dans le monde - on parlerait d’ « hétérogénéité spatiale » {2}. De la même manière que les impacts de la Révolution Industrielle ont détruit l’équilibre de certaines régions tropicales et subtropicales, touchant ainsi des populations entières, ceux d’une géoingénieurie volontaire sont en bonne voie pour faire la même chose.

Les gouvernements qui regardent d’un œil tranquille le vaste investissement dans l’expérimentation de la géoingénieurie sont les mêmes qui n’ont pas su trouver un seul moyen d’investir une régulation qui épargnerait le climat. Certains ont même accepté les propositions des MAG ( Mitigation, Adaptation and Geoingeneering) {3}, laissant de côté toute tentative de régulation. Après tout, ils font bien de financer les efforts scientifiques qui privilégieront des impacts épargnant le coin de la planète dans lequel ils se trouvent.

Il est donc bien clair que certaines parties du globe - l’Asie, l’Afrique, l’Amérique Latine ne seront pas les plus protégées, les gouvernements du Sud feraient bien de se méfier. Considérant l’absence de débat public, l’absence de considération pour l’inégalité entre pays riches et pays pauvres dans la responsabilité historique des émissions de gaz à effets de serre et des impacts des technologies supposées les enrayer, la géoingénieurie s’avère relever de la conspiration géopolitique.

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{1} dans un livre publié pour décembre 2009 bparIsland Press, Climate Change Science and Policy, Steven Schneider, Mike Mastrandrea, Armin Rosencranz, editors. Vous pouvez retrouver cette citation dans l’article online: www.ucalgary.ca/~keith/papers/89.Keith.EngineeringThePlanet.p.pdf (accessed 14 October 2009)
{2} UK Royal Society, Geoengineering the climate: science, governance and uncertainty, 1 September 2009, p. 62; available on the Internet: http://royalsociety.org/document.asp?tip=0&id=8729
{3} See Institute of Mechanical Engineers, Climate Change: Have We Lost the Battle, November 2009,
http://www.imeche.org/about/keythemes/environment/Climate+Change/MAG






Box 2 :
Mise au point sur le Mécanisme de Développement (pas si) Propre.
(page 9 du pdf)



Le Protocole de Kyoto repose sur trois mécanismes économiques (le mécanisme de permis négociables, la mise en œuvre jointe, et le MDP) qui ont été présentés dans les dernières heures des négociations. Le MDP permet aux pays riches de passer outre la réduction de leurs émissions domestiques si ils financent des projets de développement propre dans les Suds. Ces projets, qui n’auraient jamais eu lieu sans cette démarche, sont en fait des crédits d’émissions. Ce qui signifie, théoriquement, que les gros pollueurs du Nord vont investir dans des projets de développement durable chez les pays pauvres pour compenser l’impact négatif de leurs propres émissions. Le plan est chapeauté par un directoire du MDP sous l’autorité de la Conférence des Membres du CCNUCC. Le nombre des projets de MDP a explosé récemment, passant de 10 à 100 propositions par mois entre 2005 et 2007. Plus de 4000 projets en tout ont été mis en œuvre.

Le MDP a été largement critiqué, aussi bien du point de vue du concept que sur le terrain. Bien sûr, le MDP lui-même reconnaît « l’urgence accrue en 2009 d’améliorer le MDP. {1}» Le gros problème, c’est que ça n’entraîne pas du tout de réductions des émissions, ça donne gain de temps aux plus gros pollueurs, ce qui aggrave la crise climatique et continue de faire augmenter le taux de gaz à effet de serre dans l’atmosphère. Sur le terrain, les critiques soulèvent le fait que en réalité, peu de pays ont vu la couleur de ces financements {2} , et les communautés locales n’ont pas été entendues pour la mise en œuvre de ces projets, lesquels pour la plupart ont plutôt entraîné un grand dommage social et environnemental: les monocultures des compagnies agro-forestières ont remplacé les cultures vivrières traditionnelles et avec elles des modes d’exploitation durable, de même le MDP a permis la construction d’énormes centrales hydroélectriques aux impacts sociaux néfastes, les populations autochtones n’ayant pas pu ou su défendre leurs droits dans l’énorme processus qui se mettait en branle.

Alors que les problèmes entraînés par la transformation du carbone en valeur marchande apparaissent plus clairement, les Etats les plus influents au sein du CCNUCC font tout pour que ça continue de plus belle, notamment en adoptant de plus en plus le financement de la réduction des émissions de carbone forestier dans les pays en développement (REDD). (Annexe1)
Les pays se disputent les institutions du financement international, en particulier la Banque Mondiale, alors que les pays en voie de développement sont mécontents de cette structure gouvernante qui n’est pas démocratique car basée sur le pouvoir financier dont les politiques économiques prescriptives ont déjà causé beaucoup de dommages ces vingt dernières années.
Le MPD est au centre des négociations - à la fois dans la perspective de le réformer et de l’inclure dans des mécanismes plus sectorisés et policés, ou d’étendre son champ d’action avec des technologies telles que le captage et stockage du carbone (CSC), l’énergie nucléaire ou les biochars. Pour remettre en cause le MDP il faudrait d’abord comprendre ce qui se joue réellement, et entre autre avec ces nouvelles technologies.

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{1} UNFCCC, Clean Development Mechanism: 2008 in Brief, p. 3, available at http://unfccc.int/resource/docs/publications/08_cdm_in_brief.pdf
{2} In 2008 for example, three quarters of the projects went to China, India, Brazil and Mexico. Fewer than 3% of projects have gone to Africa.
See UNFCCC, Clean Development Mechanism: 2008 in Brief available at
http://unfccc.int/resource/docs/publications/08_cdm_in_brief.pdf







PARTIE 1 : LE CONTEXTE.





La technologie, la CCNUCC, et la géoingénieurie.

(pages 7 et 8 du pdf)



La conférence (COP15) de la Convention Cadre des Nations Unies sur les Changements Climatiques (CCNUCC) qui a eu lieu les 7-18 décembre à Copenhague a été désignée comme étant la discussion de la dernière chance pour mettre en œuvre d’ici 2012 une politique commune de réduction des émissions de gaz à effets de serre. La période du premier engament du Protocole de Kyoto, qui est entré en vigueur en 2005 pour 37 pays industrialisés en plus de la Communauté Européenne, va expirer en 2012 {1}. Un nouvel accord était supposé avoir lieu à Copenhague, mais ça n’a pas eu l’air de se faire.

En fait, les pays riches (cf. annexe1) sont occupés à minimiser auprès de leur population les attentes à l’origine de ce sommet. Les mouvements sociaux et les pays en voie de développement veulent que les pays responsables des dégâts climatiques assument. Ce qui s’est passé à Bangkok, durant les négociations préliminaires à Copenhague, entre le 28/09 et le 09/10/2009, c’est que les pays répertoriés dans l’annexe1 veulent abandonner le protocole de Kyoto qui pointe des « responsabilités communes mais différenciées », et donc met l’opprobre sur les pays qui ont été du point de vue historique, les plus gros émetteurs de carbone. Ils veulent donc partager la dette climatique qui leur incombe avec les pays en voie de développement. (Il est difficile de ne pas faire le parallèle avec leur attitude pendant la crise financière, où des gouvernements ont dépensé des milliers de milliards d’argent public pour protéger les banques et les affaires alors qu’ils ont laissé des millions de gens souffrir de la crise alimentaire – en partie due aux changements climatiques et aux investissements dans les agrocarburants, censés aider à la régulation climatique.{2} )

Ce que l’on a appelé Plan Action Bali (BAP), négocié par le CCNUCC durant le 13ème sommet de Copenhague en 2007 avait crée le Groupe de travail Ad Hoc sur un action de coopération à long terme (AWG-LCA) qui devait permettre « la mise en route et l’application effective de la convention.{3}» La technologie avait été désignée comme étant un des 4 « piliers » de ce plan-action. (Les 3 autres étant la régulation, l’adaptation et le financement.) Alors que déjà il y a peu de points sur lesquels tout le monde est d’accord, le coup final porté au consensus arrive avec la foi en le pouvoir de la technologie qui va nous délivrer du chaos climatique.

Le « Bulletin d’Information » du CCNUCC, Pourquoi la technologie est si importante? résume et chapeaute les positions de la Convention:
« les technologies environnementales peuvent fournir des solutions gagnant-gagnant, alliant la régulation climatique à la croissance économique.{4} »
En d’autres mots, la technologie va nous permettre de poursuivre notre chemin actuel, sans avoir à réduire quoi que ce soit, – en fait la technologie va nous permettre de produire et consommer plus encore, sans avoir à en payer les conséquences.
Il est implicitement reconnu, toujours selon le Bulletin d’Information, que cette foi en la technologie va de pair avec celle dans le secteur privé:
« Le rôle du business comme source de solutions au réchauffement climatique est universellement reconnu. »

Les références à la technologies parsèment les quelques 200 pages du texte de négociations sur les actions de collaborations à long terme , dont la section sur la technologie présente plusieurs propositions pour une mise en œuvre au sein de la Convention.
Les expressions « écotechnologies » (EST, Environment-Sound Technologies) et technologies innovantes sont omniprésentes bien qu’il n’y ait ni explication générique dans le contexte du changement climatique et des solutions de régulation et d’adaptation, ni spécification des technologies qui seraient concernées.

Il y a aussi de nombreuses références à un « environnement propice » (enabling environment) concernant le transfert de technologies, et qui recouvre un large éventail de questions, dont celle de la propriété intellectuelle, des mécanismes d’incitation, de la facilitation des transferts et développement de technologies.
La propriété intellectuelle voit ses droits très contestés selon si elle est un frein ou un encouragement à l’innovation des technologies climatiques. (Cf. ci-dessous Géoingénieurie et revendications de la propriété intellectuelle.) La question du rôle du secteur privé est aussi au cœur du débat en ce qui concerne le financement dans les différentes étapes de l’élaboration technologique.
Les différents partis ont soumis des propositions pour tirer profit des investissements privés dans le déploiement, la diffusion et les transferts de technologies, ainsi que pour mettre en relation les compagnies privées qui peuvent fournir certaines technologies spécifiques aux pays qui ont déjà adopté des « mesures spécifiques » qui pourraient devenir des pré-requis sur lesquels pourront reposer les technologies. Certains pays développés, par exemple, proposent d’encourager les collaborations et accords volontaires de technologies déployées dans le cadre de recherches, de développements de projets à échelle globale.

Dans tous les cas, le cycle de la technologie comprend les phases de recherche, de développement, de déploiement, de diffusion et de transfert. Aucune disposition n’a été prise pour contrôler ces phases, et aucune institution n’a été chargée d’évaluer les impacts sur le climat et les populations. Il n’y a eu aucune tentative pour savoir quelle technologie serait la plus utile, et pour qui. En fait, quelques idées comme la protection des savoirs traditionnels des paysans locaux concernant les semences et les jachères, qui n’agressent pas le climat, sont relégués au second plan face aux technologies industrielles intensives comme la monoculture, notamment pour les agrocarburants, toujours considérée comme relevant du développement durable, ou le biochar, qui est un charbon de bois produit à partir de la biomasse, riche en carbone, stable et durable, qui a aussi une fonction possible de fixation du carbone dans le sol et donc de puits de carbone.

Il est primordial pour les acteurs des négociations menées par le CCNUCC de bien garder en tête quelles sont toutes les technologies qui entrent en jeu, et entre autre la géoingénieurie.
Bien que le mot géoingénieurie n’apparaît pas (encore) dans le texte de négociations, de même que les techniques de géoingénieurie n’en sont pas explicitement exclues, on peut affirmer que c’est compris dans le terme général de technologie et toutes les dispositions d’ « encouragements à la mise en oeuvre » pourraient être appliquées. Les techniques de géoingénieurie qui entendent « maîtriser les rayonnements solaires » (i.e. protéger la terre des radiations) pourraient donc être incluses dans les plans de régulations du réchauffement adoptés par les Etats. Déjà, certains partisans des techniques de géoingénieurie, notamment pour la fertilisation des océans et l’emploi des biocharbons, ont tenté d’utiliser la Convention pour faire passer des technologies qui ne sont pas sûres en les accréditant via le CDM (Clean Development Mechanism), qui autorise les pays engagés dans un plan de réduction des gaz à effets de serre à l’appliquer plutôt à un pays en voie de développement en en finançant le projet. Si une technologie potentiellement dangereuse, comme la fertilisation des océans ou le biocharbon, se fait accréditée par le CDM, les profits qu’elle tirerait des océans et des sols devenus des puits à carbone, seraient pris à une autre ressource qui nous est vitale, à savoir la nourriture.
La section finale de ce rapport, Réflexions et Recommandations, comprend les aboutissements que l’on souhaiterait pour les négociations du CCNUCC, et entendent tracer une voie qui aille au-delà de Copenhague.

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{1} The reduction targets amount to an average of ␣ve per cent against 1990 levels over the ␣ve-year period 2008-2012.
See http://unfccc.int/kyoto_protocol/items/2830.php
{2} The World Bank estimates that 75% of the 140% rise in world food prices between 2002 and 2008 was due to agrofuel production.
See Asbjorn Eide, “The Right to Food and the Impact of Liquid Agrofuels (Biofuels)”, FAO, Rome, 2008,
available at http://www.fao.org/righttofood/publi08/
{3} See http://unfccc.int/meetings/items/4381.php
{4} http://unfccc.int/␣les/press/backgrounders/application/pdf/fact_sheet_on_technology.pdf
{5} Ad hoc Working Group on Long-term Cooperative Actions, FCCC/AWGLCA/2009/INF.2 15 September 2009,
available at http://unfccc.int/resource/docs/2009/awglca7/eng/inf02.pdf






Comment nous en sommes arrivés là:
de l’intégration progressive de la géoingénieurie dans les esprits.

(pages 10 et 11 du pdf)



Dans un sens, la géoingénieurisation a toujours été désignée comme étant une solution plausible au changement climatique. Déjà en 1965, le président américain du Science Advisory Committee (Commission de Conseils Scientifiques) prévenait, dans un rapport intitulé « Restaurer la Qualité de notre environnement », que les émissions de CO2 allaient modifier l’équilibre des températures de la planète. Ce rapport, considéré comme étant la première reconnaissance grave du changement climatique, fut édité dans le but non pas de réduire les émissions, mais d’introduire un panel de solutions de géoingénieurie. L’auteur de ce rapport affirmait que « les possibilités de neutraliser délibérément les changements climatiques… devaient être sérieusement explorées » et suggérait que pour entre autre contrer la formation des ouragans on pouvait disperser des particules réflectives dans les mers tropicales (pour un coût annuel de 500 millions de dollars.) Le Cabinet avait aussi spéculé sur les possibilités que représentaient les nuages pour interférer sur le réchauffement. Comme le note avec ironie James Fleming, le spécialiste de l’histoire des modifications climatiques, le premier rapport officiel sur les changements climatiques « n’a même pas été capable de mentionner le moyen le plus évident de réduire les émissions: l’utilisation raisonnée des énergies fossiles. {1} »

Quarante ans après la sortie de ce rapport, tout le monde, dont l’actuel président américain, a parlé du réchauffement climatique, les scientifiques se sont inquiétés sur la hausse des températures en Arctique et pour le pergélisol sibérien, qui pouvait avoir des conséquences climatiques dramatiques sur le reste de la planète, ce qui a amené le Congrès américain à accepter d’étudier la question pour établir un « Plan de Recherches sur les Opérations de Modifications Climatiques » (Weather Modification Operations and Research Board). Bien que cette tentative n’ait pas abouti, elle a été ressortie l’année dernière, et rebaptisée « Loi d’Autorisation à la Recherche et au Développement sur la Régulation Climatique » (Weather Mitigation Research and Development Policy Authorization Act). En juillet dernier, la Commission sur le Commerce, la Science et les Transports a recommandé que cela soit porté à la connaissance de tout le Sénat.

Le débat actuel portant sur la possibilité de planifier (d’ingénieuriser) le climat planétaire peut se voir dans l’article {2} co-rédigé par le Dr Edward Teller – l’inventeur nobellisé de la bombe H, et l’un des scientifiques les plus influents dans la sphère politique de la 2nde moitié du 20ème siècle. Teller s’est montré ouvertement pour la géoingénieurie lorsqu’il a soumis, avec deux collègues, son article durant le 22ème Séminaire International des Urgences Planétaires, à Erice, en Sicile, en 1997.
Bien que les auteurs ne présentent pas leur point de vue comme étant également celui de leur gouvernement, leur travail fut mené au Laboratoire Nationale de Lawrence Livermore, sous contrat avec le Département de l’Energie.
Teller aurait pu prendre sa retraite – il avait 89 ans lors du séminaire en Sicile, car déjà un autre Prix Nobel, Paul J.Crutzen, nobellisé grâce à ses travaux pionniers sur la couche d’ozone, prenait la relève en 2002 en affichant ouvertement son parti pris pour la géoingénieurie dans la Revue Nature {3}.

Depuis que nous vivons dans une ère dominée par les activités anthropiques que P.J.Crutzen a appelé « anthropocène », où les humains interfèrent de plus en plus sur le climat, notre futur « peut bien être déterminé par des projets de géoingénieurie décidés et exécutés à l’échelle planétaire ».
La même année, le magazine Science publia son propre article, plaçant la géoingénieurie comme étant la seule solution légitime pour régler la question climatique {4}.

Egalement en 2002, Teller, qui travaillait pour le Département de l’Energie américain en collaboration avec Roderick Hyde et Lowell Wood a présenté un article à l’Académie Américaine de l’Ingénieurie dans lequel ils affirment que la géoingénieurie – et non la réduction des émissions à effet de serre, est « l’étape à franchir lors des négociations pour la CCNUCC. {5}»

En 2005, un autre éminent climatologue, Yuri Izrael, vice-président au Panel International sur le Changement Climatique et directeur de l’Institut sur le Climat Planétaire et les Etudes Environnementales basé à Moscou, a écrit à Vladimir Poutine pour proposer un investissement dans 600000 tonnes d’aérosols sulfuriques à épandre dans l’atmosphère pour baisser la températures de quelques degrés par rapport au reste de la planète. Depuis Izrael affirme haut et fort qu’il prépare des expérimentations de géoingénieurie à échelle locale.

Paul Crutzen revint sur le débat en août 2006 lorsqu’il écrivit un édito dans le journal Climatic Change dans lequel il appelait à une recherche active dans l’utilisation d’aérosols de sulfates pour refléter les rayons du soleil dans la stratosphère et faire baisser la température de la planète. {6}
Crutzen, professeur de l’Institut en Chimie Max Planck en Allemagne a affirmé que des ballons ou des canons pouvaient être utilisés à très haute altitude pour pulvériser du dioxyde de sulfure dans la stratosphère, à la manière d’une irruption volcanique, le dioxyde de sulfure pouvant se transformer en particules de sulfate. Il a reconnu que le coût d’une telle opération s’élèverait à 25-50 milliards par an, ce qui était bien en-dessous des trillions de dollars dépensés par les gouvernements dans le monde pour le budget de la Défense.
Il a ajouté que cela ne tenait pas compte du coût humain en morts prématurées dues à la présence des particules dans l’air, lesquelles pouvaient y rester pendant deux ans.
Il a bien reconnu que cette proposition devait être étudiée qu’en dernier ressort, mais a poursuivi sur le fait que les gouvernements en étaient déjà là. Dans ce même numéro de Climatic Change, le spécialiste de la chimie atmosphérique et président de l’Académie Nationale des Sciences américaine Ralph J. Cicerone approuve les propositions de Crutzen. Il s’est exprimé dans un numéro du New York Time de 2006 : « Nous devrions considérer ses idées comme relevant de n’importe quelle autre recherche et donc les prendre au sérieux. {7}»

En Novembre, le Centre de Recherches Militaires de la NASA a organisé une rencontre au sommet entre partisans de la géoingénieurie pour en explorer les possibilités, avec à la présidence Lowell Wood. « La réduction de l’impact humain sur le climat ne se fait pas et ne se fera pas. », c’est ce qu’a rapporté le vieux physicien. Il a affirmé que le temps était venu de « déployer des moyens technologiques pour éliminer intelligemment un réchauffement indésirable. » Selon Wood, son approche « ingénieurisée » pourrait « instantanément améliorer le climat. »
De cette rencontre ont émergé les prémices d’une campagne pour soulever des fonds de financements des techniques de géoingénieurie, vite, et en tout bien tout honneur.

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{1} James Fleming, “The Climate Engineers,” Wilson Quarterly, spring 2007, available at http://www.wilsoncenter.org/index.cfm?fuseaction=wq.essay&essay_id=231274 10.
UNFCCC, Clean Development Mechanism: 2008 in Brief, p. 3, available at http://unfccc.int/resource/docs/publications/08_cdm_in_brief.pdf
{2} Edward Teller, Lowell Wood and Roderick Hyde, “Global Warming and Ice Ages: I. Prospects For Physics-Based Modulation Of Global Change,” 15 August 1997.
{3} P.J. Crutzen, “Geology of Mankind,” Nature, Vol. 415, 3 January 2002.
{4} M.I. Hoffert, K. Caldeira, et al. “Advanced Technology Paths to Global Climate Stability: Energy for a Greenhouse Planet,” Science, Vol. 298, 1 November 2002, pp. 981-987 and P.J. Crutzen, “Geology of Mankind,” Nature, Vol. 415, 3 January 2002
{5} E. Teller, R. Hyde and L. Wood, “Active Climate Stabilization: Practical Physics-Based Approaches to Prevention of Climate Change,” 18 April 2002
{6} P.J. Crutzen, “Albedo Enhancement by Stratospheric Sulfur Injections: A Contribution to Resolve a Policy Dilemma?” Climatic Change, 2006
{7} William J. Broad, “How to Cool a Planet (Maybe),” The New York Times, June 27, 2006.





La douche médiatique :
avec l’augmentation des publications, les décideurs prennent la température.

(pages 12, 13 et 14 du pdf)



Retraçons donc le soutien actuel à la géoingénieurie de la part des milieux politiques et scientifiques comme des médias grand public.
Une fois qu’une poignée d’éminents climatologues ont certifié que la géoingénieurie avait une crédibilité scientifique, il y a eu une explosion d’articles aussi bien dans des publications érudites (au moins cinq fois plus) que dans des publications vulgarisantes (au moins 12 fois plus), comme le montrent les graphiques ci-dessous : {1}


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A gauche : articles scientifiques sur la géoingénieurie avant et après 2002. A droite : couverture médiatique des articles sur la géoingénieurie avant et après 2002




En avril 2009, John Holdren, le conseiller scientifique de B.Obama avoua que l’administration était en train de considérer la géoingénieurie comme une solution possible au changement climatique. {2}

Le mois suivant, le secrétaire du Département de l’Energie Steven Chu se déclara pour les solutions technologiques au changement climatique, dont les projets de géoingénieurie « bénigne » comme le blanchiment des toits.{3} En juin, les Académies Nationales, qui sont en charge de conseiller le gouvernement américain sur les questions scientifiques, ont organisé un atelier de deux jours sur les « options de solutions de géoingénoeurie au changement climatique: pour aller vers l’établissement d’un agenda de recherches.{4} » Steven Kooning, secrétaire-adjoint pour les Sciences au sein du Département de l’Energie, a été chargé de faire un rapport publié en juillet sur la possibilité d’épandre des aérosols de sulfates dans la stratosphère pour baisser la température de la planète.

De l’autre côté de l’Atlantique, il y a eu un engouement de la part de la politique scientifique officielle pour la géoingénieurie. Une grande exposition au Musée des Sciences de Londres « Les algues peuvent-elles sauver le monde ? », probablement liée à la personnalité d’un membre important du Ministère de l’Environnement et grand fan de la fertilisation des océans. En 2008, dans une lettre écrite sur un blog de géoingénieurie, notre éminent ministre anonyme a exprimé ceci: « la fertilisation des océans, à cause de (sic) son énorme potentiel, devrait (je souligne) simplement être vigoureusement explorée … La question est comment le faire sans s’attirer les protestations de la population.{5} »

La Commission parlementaire de l’Innovation, de la Science, de l’Université et des Compétences de la Grande Bretagne a remis sur le tapis un rapport recommandant la géoingénieurie, datant de sa session 2008-2009 {6}.
Début 2009, le ministre allemand de la recherche a autorisé une expérimentation de fertilisation dans la Mer de Scotia (à la limite des océans Antarctique et Atlantique) malgré un moratoire que son propre gouvernement a contribué à briser lors de la Convention des Nations-Unis de la Diversité Biologique en 2008 {7}.

En avril 2009, au Portugal, le Ministère de la Science, de la Technologie et de l’Enseignement Supérieur a organisé une Chatham Rules Session (ndlr: rencontre où tout ce qui sera dit pourra être cité mais sans en mentionner le nom de l’auteur) sur la géoingénieurie. En septembre la Royal Society – l’Académie Nationale des Sciences en Angleterre, a suivi avec le lancement d’un rapport: « Géoingénieuriser le climat: Science, Gouvernance et Incertitude.{8} » Ce rapport a apporté à la géoingénieurie une crédibilité et une argumentation inégalées jusque-là.

Les auteurs de ce rapport mettent en avant le fait que la géoingénieurie peut permettre une « politique d’assurance » - un plan B peu satisfaisant et on peut l’espérer encore lointain, mais que nous serions obligés de considérer en cas d’urgence climatique. Les auteurs reconnaissent qu’il y a plusieurs manières de géoingénieuriser le climat, et que nous n’en connaissons pas les impacts environnementaux et sociaux. Le rapport recommande donc que les gouvernements financent un programme de recherches international sur 10 ans consacré à la géoingénieurie (100 millions de Livres seraient allouées par le seul gouvernement britannique.) La majeure partie de cette recherche se ferait par le biais de modélisations informatiques, mais le rapport recommande aussi des essais sur le terrain pour plusieurs technologies.

D’un certain point de vue, l’insistance de ce rapport sur le fait que la géoingénieurie doit être appréhendée sous le prisme d’«une politique d’assurance» peut sembler relever de la prudence, de la pragmatique et même du principe de précaution. Mais le soutien explicite – même aux projets qui semblent les plus fous, aux recherches de géoingénieurie et à leurs applications expérimentales sur le terrain est troublant. Ce qui a poussé à la rédaction de ce rapport, selon la Royal Society, c’était la nécessité, pour les gouvernements et les entreprises, d’avoir en main une analyse des risques scientifiques et des bénéfices mis en jeu. Les autorités officielles ont évoqué cet intérêt croissant pour la géoningénieurie et l’obligation qu’elles avaient de «cadrer» un débat qui devenait de plus en plus polémique.{9}

Malheureusement (mais c’était prévisible), ce rapport a été l’occasion pour les partisans de la géoingénieurie d’appuyer leur point de vue. Les néo conservateurs d’outre-Atlantique se sont mobilisés pour éditer un article éminent sur le moindre coût de la géoingénieurie comparée à une poilitique de régulation du climat. (Cf. ci-dessous La Manoeuvre Lomborg), l’Institut d’ingénieurie Mécanique britannique a balancé sa propre analyse favorable juste un jour avant la sortie du rapport, et , cerise sur le gâteau, même un des membres de la Royal Society, le Dr Peter Cox ( qui est en train de développer un projet de géoingénieurie qui vise l’ Afrique de l’ouest) en a profité pour sortir une édition de Physics World spéciale géoingénieurie titrant « Il est temps d’en finir avec le tabou sur la géoingénieurie.{10} »
Résultat, le rapport de la Royal Society s’est retrouvé noyé sous les sorties pro géoingénieurie simultanées.

Récemment des agences internationales se sont penchées sur la géoingénieurie, comme La Banque Mondiale, avec son dernier Rapport sur le Développement Mondial {11}, ainsi que le Programme des Nations Unies pour l’environnement (PNUE) dans son abrégé des connaissances scientifiques succédant au dernier rapport du Groupe d’experts Intergouvernemental sur l’Evolution du Climat (GIEC.){12}
Le PNUE dit que la question d’un engagement vis-à-vis de la géoingénieurie doit être discuté, mais reste pessimiste sur la prospective d’une gouvernance ou régulation internationale: « Vus les difficultés qu’on a eues pour aboutir à des solutions au changement climatique basées sur les responsabilités communes mais différenciées, et le flou qui entoure ces projets de géoingénieurie, il n’y aura pas d’accord global qui aboutira à interférer délibérément sur le système planétaire. »{13} Les précédents rapports du GIEC ne mentionnaient que sommairement la géoingénieurie, mais le prochain risque de s’y consacrer plus longuement, avec cette irruption soudaine de crédibilité et surtout avec tous ces éminents scientifiques en géoingénieurie qui y siègent.




« Si nous pouvions répondre à ce problème avec la géoingénieurie, alors Copenhague ne serait pas nécessaire.
On pourrait continuer à prendre nos avions et nos voitures.
»
Sir Richard Branson, industriel et propriétaire d’une compagnie aérienne.

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{1} Publication searches were conducted August 25, 2009. For scholarly articles: Google Scholar for the years 1994-2001 and 2002-present (search terms “geoengineering” and “climate” “change” in the following categories: Biology, Life Sciences, and Environmental Science; Chemistry and Materials Science; Engineering, Computer Science, and Mathematics; Physics, Astronomy, and Planetary Science; Social Sciences, Arts, and Humanities. For major media coverage: Lexis Nexis for the years 1994-2001 and 2002-present (search terms “geoengineering” “climate” “change”) in newspapers stories (major world newspa- pers), weblogs and magazines.
{2} Seth Borenstein, Associated Press, April 9, 2009. See “Global warming is so dire, the Obama administration is discussing radical technologies to cool Earth’s air,”
available online: http://abcnews.go.com/ Technology/GlobalWarming/wireStory?id=7295178
.{3} Steven Chu discussed geoengineering at the St James’s Palace Nobel Laureate Symposium in London held on May 26-28, 2009
.{4} See www.americasclimatechoices.org/GeoEng%20Agenda%206-11-09.pdf
.{5} Accessed 16 October 2009 at http://carbonsequestration.blogspot.com/2008/02/uk-environmental-minister-ocean.html
.{6} See Recommendations 24 and 25 of House of Commons Innovation, Universities, Science and Skills Committee, Engineering: turning ideas into reality, Fourth Report of Session 2008–09, Volume 1, p. 117.
.{7} For more information, see ETC Group news release, “German Geo-engineers Show Iron Will to Defy Global UN Moratorium,” 8 Jan. 2009, available online at http://www.etcgroup.org/en/materials/publica- tions.html?pub_id=710
.{8} Available online at www.royalsociety.org/displaypagedoc.asp?id=35151
.{9} Personal email communication between Royal Society Director of Science Policy and ETC Group.
.{10} (http://www.iop.org/Media/Press%20Releases/press_36613.html).
.{11} “Geoengineering the world out of climate change” in World Development Report 2010: Development and Climate Change, Box 7.1, p. 301;
online at http://econ.worldbank.org/WBSITE/EXTERNAL/EXTDEC/ EXTRESEARCH/EXTWDRS/EXTWDR2010/0,,menuPK:5287748~pagePK:64167702~piPK:64167676~theSitePK:5287741,00.html
.{12} UNEP, Climate Change Science Compendium 2009, online at http://www.unep.org/compendium2009/
.{13} Ibid., p. 53.






Le retournement de Lomborg :
dénier les changements climatiques pour finalement se convertir fanatiquement à la géoingénieurie.

(page 15 du pdf)



Un effet curieux de la médiatisation de la géoingénieurie a été un alignement des positions de certains groupements d’intérêts qui avaient auparavant des avis diamétralement opposés. Alors que pendant un bon moment des climatologues comme Paul Crutzen ou Ken Caldeira affirmaient n’avoir été amenés à choisir la géoingénieurie qu’à contrecœur, par peur des effets dévastateurs entrainés par les changements climatiques, un nouveau lobby puissant s’est forgé ces deux dernières années autour de personnes qui n’ont jamais été préoccupées par les problèmes de l’environnement ou de la pauvreté dans le monde.

En juin 2008, Newt Gingrich, représentant au sein du congrès américain, a envoyé une lettre à des milliers de citoyens les exhortant à s’opposer à la législation en cours sur la régulation climatique. Gingrich prône la géoingénieurie atmosphérique par épandage de sulfates dans les nuages comme étant la meilleure solution pour combattre les effets du changement climatique: « la géoingénieurie peut assurer une solution au réchauffement planétaire avec seulement un milliard de dollars par an. » « Au lieu de pénaliser le citoyen lambda, nous pouvons proposer des solutions technologiques innovantes… Nous pouvons disposer de notre ingénierie nationale… A bas le péril vert.{1} »

Gingrich est un ancien de l’American Enterprise institute (AEI), un think tank néo conservateur pro libéral, pour la limitation de l’intervention gouvernementale, proche de l’administration Bush. L’AEI a son propre département de recherche en géoingénieurie, dirigé par Lee Lane, un conseiller en climatologie de l’ancien président.

En 2009, Lane a publié une « Analyse de l’ingénierie du Climat comme Réponse au réchauffement global {2} », dans laquelle la géoingénieurie est présentée comme étant une solution plus économique que la réduction de émissions de gaz à effet de serre. Lane et son collaborateur affirment qu’une stratégie de réduction des émissions comme la taxe carbone amènerait une diminution des gaz à effets de serre de 12,9% (d’autres disent 3%) d’ici 2010, alors qu’en épandant des sulfates dans les nuages on règlerait la question du changement tout en injectant 20 trillions de dollars dans l’économie globale.

Ce rapport a été publié et largement diffusé par Bjorn Lomborg, à l’initiative du Consensus de Copenhague et directeur de l’Institut de l’évaluation de l’environnement danois. Celui-ci est plus connu pour avoir écrit L’Ecologiste sceptique, ouvrage dans lequel il minimise la question de la gravité du changement climatique. Lomborg utilise ce Consensus pour mettre en avant la géoingénieurie non plus comme un plan B mais bien comme un plan A du refroidissement climatique.

Le « retournement de Lomborg », qui est passé de l’opposition à la réalité du changement climatique au parti pris pour une solution climatique radicale via la géoingénieurie, est en passe de devenir l’attitude en vogue chez les sceptiques du réchauffement, surtout aux States. Aux côtés de Lane, et Gingrich à l’AEI, les membres politiques de l’Institut Cato, l’Institut Thomas Jefferson, l’Institution Hoover, l’institut pour la Compétitivité des Entreprises, l’institut Hudson, le réseau politique international et autres sont en train de se rallier à la sacro sainte solution de la géoingénieurie. Alors que les scientifiques et les activistes de la climatologie commencent à peine à débattre sur la géoingénieurie, celle-ci est en fait le point de mire des discussions de la Conférence sur le changement Climatique ayant lieu à l’Institut Heartland, où siègent en guest star les partisans de la géoingénieurie, doublant ainsi le traditionnel banc des sceptiques du réchauffement global.

Pour tous ceux qui ont douté (ou doutent toujours) des impacts des technologies humaines sur le climat, la géoingénieurie permet de squeezer le débat en amenant une solution radicale. Une fois qu’on a une solution – la géoingénieurie, il ne sert plus à rien de chercher qui émet le plus et qui doit diminuer ses émissions. Si on a les moyens de faire la nique aux gaz à effet de serre et de faire descendre le thermostat planétaire, on peut bien continuer à en émettre.
Au moins un commentateur a constaté que cet engouement massif pour la géoingénieurie par les think tanks industriels représente une tactique délibérée pour distraire et retarder l’échéance de la part de ceux qui ont auparavant préféré investir dans le pétrole que dans la recherche sur le changement climatique. « Si on peut nous faire croire qu’une géoingénieurie globale peut stopper les effets du réchauffement, alors ce statu quo sur les émissions n’est finalement pas un coup de folie, mais une précaution. » explique Alex Steffen, de Worldchanging.com.{3} Effectivement, comme le dit Julian Morris, éminent climatologue sceptique du Réseau Politique International, « utiliser l’argent pour contrôler les émissions de carbone et en priver la géoingénieurie est probablement moralement irresponsable. »{4}

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{1} http://newt.org/tabid/102/articleType/ArticleView/articleId/3475/Default.aspx
{2} Available online at http://␣xtheclimate.com/component-1/the-solutions-new-research/climate-engineering
{3} Alex Steffen, “Geoengineering and the New Climate Denialism,” 29 April 2009; available on the Internet at http://www.worldchanging.com/archives/009784.html
{4} Chris Bowlby, “A quick ␣x for global warming,” BBC News, 31 July 2008; available on the Internet at http://news.bbc.co.uk/2/hi/uk_news/magazine/7533600.stm






La technologie, la CCNUCC et l’agriculture.
(page 16 et 17 du pdf)



Alors que nous sommes restés focalisés sur l’émergence de la géoingénieurie, nous ne devons pas pour autant oublier les autres technologies qui veulent relever les mêmes défis. En plus des technologies les plus connues, et controversées, comme l’énergie nucléaire ou le stockage du carbone, les technologies agricoles ou liées à l’exploitation des sols sont cruciales dans le contexte des négociations sur le changement climatique.
Selon le GIEC, l’agriculture est responsable de 14% des émissions à effet de serre, dont la majeure partie provient de la production industrielle car la logistique d’approvisionnement dépend des énergies fossiles. L’agriculture locale, en plus d’être nourricière {1}, n’a que peu d’empreinte écologique. Néanmoins, les négociations de la CCNUCC ont complètement zappé l’agriculture paysanne au profit de l’agriculture industrielle et de ses possibilités de faire des puits à carbone grâce aux monocultures à croissance rapide, aux biochars avec pour modèle dominant le REDD (Réduction des Emissions de la déforestation dans les pays en voie de développement.)

Alors que les élevages intensifs mettent l’accent sur le rendement et l’uniformité (à la fois pour les brevets et les traitements ) et dépendent de denrées externes, les élevages paysans mettent l’accent sur la fiabilité, la lutte contre les nuisibles, les maladies et les conditions météorologiques. De même que l’agriculture globale peut redouter le changement climatique, les fermiers eux, vont non seulement affronter des températures et des conditions de culture radicalement différentes, mais aussi chercher du coup à être plus flexibles et diversifiés. En d’autres termes, les grandes monocultures, composées d’une unique espèce cultivée, sont les plus vulnérables aux changements climatiques. Cela ne signifie pas que les paysans ont trouvé la solution aux changements climatiques et peuvent rester tranquilles. Il ne s’agit pas d’enjoliver la terrible expérience qu’ont subi les Suds avec les premiers grands bouleversements climatiques.

Cela ne veut pas dire que les paysans sont plus à même de développer des stratégies – dont les stratégies technologiques, pour concilier la production alimentaire et la crise climatique, et que l’on ne doit pas recourir au potentiel de la recherche en laboratoire. Le modèle occidental scientifique et technologique a développé des micro techniques qui peuvent avoir des macro applications, des avancées techniques qui peuvent être appliquées presque partout dans le monde. La recherche paysanne a souvent développé des macro technologies pour des micro environnements, des technologies « sauvages », complexes dont les stratégies sont complètement intégrées dans une localité spécifique.

Les biotechnologies agricoles, les biocarburants, la biologie synthétique travaillent à développer des semences (« climate-ready crops ») qui lorsqu’elles poussent peuvent emprisonner le carbone, résister aux rayonnements solaires, ou supporter des changements climatiques brutaux (fortes chaleurs, sécheresse.) Cultivées sur des larges espaces, des plaines, des prairies, pampas ou le Punjab, ces récoltes pourraient théoriquement avoir un facteur protecteur sur une planète en proie au changement climatique et s’adapter au réchauffement climatique tout en continuant de nous assurer un approvisionnement en alimentation, carburants et matériaux.

Un récent rapport du groupe ETC {2} a listé 532 nouveaux brevets sur ces récoltes ingénieurisées pour s’adapter au climat. Six des plus grosses compagnies de chimie (BASF, Monsanto, Bayer, DuPont, Dow and Syngenta) y sont engagées. BASF et Monsanto se sont unis pour y consacrer 1.5 milliards de dollars et détiennent la moitié des 55 brevets génériques identifiés en 2008 par le Groupe ETC. Ces deux compagnies, avec leurs partenaires, contrôlent presque les 2/3 des brevets-clés dans les semences acclimatées.

La production industrielle de semences génétiquement acclimatées, contrôlée par une poignée de multinationales va être décisive, dans le contexte du changement climatique, pour l’approvisionnement des denrées alimentaires. Il est certain que si l’on uniformise les plantations sur de vastes étendues - surtout dans les régions tropicales ou subtropicales où l’ensoleillement est intense, on risque de modifier la biodiversité en introduisant ainsi des nouvelles espèces génétiquement modifiées, au détriment des autres espèces naturellement déjà présentes.
En implantant ces semences dans des terrains encore épargnés par l’agriculture industrielle, comme les zones humides, on va de manière significative détruire l’équilibre des écosystèmes et fragiliser les populations autochtones.
Si ces semences acclimatées se diffusent dans les sols et se mêlent avec les autres espèces, des gros changements dans les écosystèmes vont se produire. Si les variétés génétiquement modifiées nécessitent des traitements chimiques spécifiques, ceux-ci pourraient détruire la flore et la faune locales, et avec elle les fermiers et les consommateurs.
Les décisions qui sont en train de se prendre à Copenhague vont donner lieu à un programme de travail sur l’agriculture pour le SBSTTA (l’organe subsidiaire chargé de fournir des avis scientifiques, techniques et technologiques) de la CCNUCC.
Si nous ne sommes pas là pour soulever le problème que pose déjà la biotechnologie pour le système mondial de production alimentaire, alors les petits producteurs et l’agriculture réellement durable vont avoir besoin de se battre pour se faire entendre lors des négociations.

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{1} ETC Group, “Who Will Feed Us? Questions for Food/Climate Crises Negotiators in Rome and Copenhagen,” Communiqué #102, November, 2009, www.etcgroup.org.
{2} ETC Group, “Patenting the ’Climate Genes’…And Capturing the Climate Agenda,” Communiqué #99, May/June 2008, on the Internet: http://www.etcgroup.org/en/materials/publications.html?pub_id=68






à suivre…




Proposé par LES LUCINDAS pour SHD.




Article posté le Jeudi, 28 janvier, 2010 à 19 h 17 min.
Catégories: Esprit Mili-Terre, Le Programme de la Matrice.

Un Commentaire, Commentaire ou Rétrolien

  1. WWFreelander

    Merci France Culture, en voiture j’écoute souvent.
    Cette interview est vraiment une mine d’information et très interessant.
    Bien sûr il faut prendre le temps de tout écouter mais ca en vaut la peine.

    Merci Les Insoumis :)

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